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Propos autour du jardin

  • Publié : 2 mai 2015

Propos "inspirés" par 30 ans de jardinage et qui n’engagent que son auteur……

Tout d’abord c’est quoi un jardin ?

Communément, Le Robert nous renseigne : "terrain le plus souvent clos où où l’on cultive des légumes, des fleurs, des arbres".
A partir de cette définition nous pouvons déjà établir que c’est un "espace clos" où le jardinier "cultive". Certes, il cultive des fleurs, des plantes, des légumes, mais ne cultive-t-il pas autre chose qui serait d’un autre ordre, n’expérimente-t-il pas un autre rapport au monde ? Ne renoue-t-il pas ici et maintenant une relation au"sacré", à la " NATURE" ?
La question de l’engouement pour le jardinage (explosion des jardineries, du matériel de jardin, de livres sur le jardinage et les différents types de jardins ….) peut-il s’expliquer par un manque, un vide, une perte de sens avérée, conscients ou pas.

Pierre Rabhi dit aujourd’hui : l’Homme grandit et vit "hors sol " ; il vit déconnecté de ses racines, lesquelles lui permettent d’être relié au vivant de façon primaire et grégaire. Selon la symbolique orientale, l’homme situé entre ciel et terre est un pont, une passerelle entre le ciel et la terre, entre racines et spiritualité.
L’être humain se définit par son appartenance au VIVANT, qui englobe tout aussi bien l’espace et les planètes dont la Terre et l’ensemble des différents règnes qui la composent minéral, végétal et animal.

Aujourd’hui qu’en est -il ?

L’Homme déconnecté de ses racines s’éloigne du VIVANT, il est entré dans une autre logique d’action où il règne en maître et joue les "apprentis sorciers", il recrée un univers "virtuel", relation de "toute puissance"et de tentative de maîtrise du vivant qui se traduit par des
expérimentations (OGM, clonage, nucléaire….), par des destructions systématiques (déforestation, pillages des ressources naturelles…) et des pollutions en tout genre.

Quel espace d’expérimentation du vivant lui reste-t-il lui reste-t-il s’il souhaite se "relier" et retrouver des racines, s’ancrer ?

La fonction initiale pour un jardin potager, c’est de produire des légumes pour savoir ce que l’on mange et d’où ça vient, manger plus sainement et ce que l’on produit, etc….Mais pratiquer le jardinage va au-delà des motivations initiales.
Est-ce que pratiquer le jardinage ne procède pas de cette envie de se réapproprier un espace dans lequel chacun se nourrit et se transforme ? Celui-ci suppose de redonner à la Nature la place qui lui revient et de replacer l’ETRE HUMAIN dans une relation d’échange avec le VIVANT, sortir de l’unilatéralité, redonner à chacun la place qui lui revient, relation d’égalité, de respect de chacun des règnes. Le jardin est peut être ce lieu d’expérimentation de recréation de liens.
Le jardinier en renouant avec ses racines peut expérimenter un nouveau rapport au monde et à la TERRE, le renouveler, le développer sans cesse, l’enrichir, le "conscientiser".
Le jardin est éphémère, impermanent et par essence il est "métamorphose" ; il naît, de l’envie du jardinier, fruit de sa créativité (pas un jardin n’est identique, il est différent pour chacun d’une année à l’autre), il se transforme, évolue au fil des saisons.
Il est une CO-CREATION entre HOMME et NATURE.
La TERRE nous permet de faire une double expérience à travers le jardinage : l’expérience du don et une autre expérience de rapport au temps.

La TERRE produit ce dont on a besoin, c’est un don permanent, elle donne ses "fruits" sans compter, sans arrière pensée, elle EST tout simplement et DONNE tout simplement, le jardinier "travaille" la terre, il récolte, remercie-t-il tout simplement lui aussi pour cette gratuité, prend-il soin ? Certainement quand il se soucie de nourrir convenablement, bon compost, bonne fumure, bonnes semences, attitude respectueuse du vivant. Ce don permanent devrait nous conduire à une attitude de RE CONNAISSANCE.

Pratiquer le jardinage nous permet d’expérimenter un autre rapport au TEMPS, à la temporalité. Nous vivons habituellement dans un temps linéaire. Pratiquer le jardinage nous fait retrouver un temps cyclique, le temps cyclique est un temps sacré. C’est l’ETERNEL RETOUR, le temps du VIVANT, des saisons ; c’est refaire chaque année la même expérience de l’éphémère et de l’impermanence, de l’importance de vivre le moment présent, le temps des préparations, des semailles, des soins, de la récolte. Apprendre la patience, attendre le bon moment pour faire. Il y a là quelque chose à vivre de rassurant qui nous sort d’un temps linéaire, peut-être angoisse du futur ?

Un autre aspect du jardin est à regarder, c’est celui de
l’espace clos ? Le jardin a par sa structure un aspect rassurant, de
protection, il est MANDALA, dans le dictionnaire des symboles, il est dit au sujet du MANDALA que : "le moi est réintégré dans le tout, le tout réintégré dans le moi"
Jardin, centre du monde pour le jardinier, centre de son monde, à la fois aspect du monde physique et traduction du monde sacré. Le Jardin nous fait toucher du doigt et vivre en profondeur cette réalité et par cet aspect nous reconnecte à la VIE.
L’engouement pour le jardinage est-il caprice, mode, tendance ou est-il manifestation, "symptôme" qui participerait à une réhabilitation de la place du Vivant sur la Terre ?
Le jardinier n’est-il pas là où il est, là où il vit un témoin actif, engagé dans un combat qu’il ne veut pas perdu d’avance.

Christianne Cossin